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    Aujourd’hui nous interviewons Mathilde Arnault, plus connue sous le nom Tanxxx. Dessinatrice, scénariste et blogueuse bordelaise,elle est également l'autrice de bandes dessinées, dont « Des croûtes aux coins des yeux », « Rock Zombie », « The joy of femmes à poil » et « Velue ». Elle a refusé en 2016 le titre de Chevalier des Arts et des Lettres qui devait lui être décerné par Fleur Pellerin. Tanxxx nous parle ici de son parcours, du monde du dessin, de la précarité des artistes et de son rapport à la ville de Bordeaux.

     

     

     

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    Pouvez-vous vous présenter ?


    Je suis Tanx, autrice, graveuse, parfois peintre, bref artiste pour faire simple.

     

     

    Qu’avez-vous fait comme parcours ?


    J'ai fait les Beaux Arts à Angoulême, mais je suis pas certaine que les Beaux Arts aient été décisifs dans mes choix d'ensuite, ou indirectement... L'envie de dessiner n'est pas venue un jour, elle a tout simplement toujours été là, depuis que je sais à peu près tenir un crayon.

     

     

     

    Tanxxx : le dessin hors de sa bulle

     

     

     

    Comment décririez-vous votre style, tant en termes de dessins que d’écriture, à un novice ?


    C'est un peu compliqué : mes styles sont multiples et mouvants, ils évoluent selon les techniques... Pour tenter malgré tout d'expliquer, j'ai un dessin assez noir, je travaille d'ailleurs très peu en couleur (mais ça m'arrive). Quand je dessine c'est de plus en plus par hachures, désordonnées mais régulières. Quant à la carte à gratter, comme en linogravure et en gravure sur bois, le principe est un peu le même mais en enlevant la matière. Ce que je raconte est je l'espère de plus en plus sujet à interprétation pour celui ou celle qui regarde, en dessin du moins. En gravure, c'est plus axé sur le grotesque et le monstrueux désormais.

     

     

     

    Tanxxx : le dessin hors de sa bulle

     

     

     

     

    Dans votre BD Des croûtes aux coins des yeux, Bordeaux est très présente : vous parlez de lieux connus comme les Capucins, de groupes locaux…


    Je raconte ma vie dans les Croûtes, il était logique que j'en vienne à parler de mon environnement. Je vis ici depuis 15 ans, et je vais devoir partir, n'ayant ni les moyens ni la stabilité délirants exigés par les propriétaires.

     

     

    Diriez-vous que Bordeaux est toujours une « ville rock » ou qu’elle répond plutôt à son surnom de Belle Endormie ?


    Bordeaux n'a jamais réellement été une ville particulièrement rock, ou du moins bienveillante avec ce genre de culture, sauf à la phagocyter avant pour l'instrumentaliser comme on a pu voir pour Bordeaux 2013. Bordeaux n'est pas une belle endormie, c'est une ville bourgeoise provinciale qui se rêve Paris et pousse les gens comme moi vers la sortie.

     

     

     

    Tanxxx : le dessin hors de sa bulle

     

     

     


    Comment trouvez-vous le milieu du dessin et la BD à Bordeaux ? Est-ce un milieu plutôt ouvert ?


    Il n'y a pas qu'un seul milieu du dessin à bordeaux mais plusieurs, et je crois que tous les milieux sont également ouverts (un peu, mais pas trop)... Je ne vois pas beaucoup de gens dans mon quotidien, je travaille seule chez moi, avec ce que ça comporte d'avantages et d'inconvénients, et quand je crois des ami-e-s artistes on parle finalement assez peu de ce qu'on produit.

     

     

    Vous parlez dans certaines de vos œuvres de la condition d’artiste, de la précarité, de la condition des femmes, entre autres. Est-ce important pour vous de transmettre un message par vos dessins et BD ?


    Non et je ne le fais pas, d'ailleurs, la plupart du temps. Mon dessin est une chose, mes convictions une autre. Même dans Velue et les Croûtes la politique au sens large est intégrée au reste. Je ne conseille pas de lire mes BD par ce prisme là, ça serait passer à coté du reste. Quand je veux parler de conditions d'artiste prolétaire ou de femme artiste, je le fais à l'écrit. Ce que je fais en dessin, en BD ou en gravure reste avant tout du dessin, de la BD et de la gravure : si ces sujets là y transparaissent, ils restent du second plan.

     

     

     

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    Comment gagne-t-on sa vie aujourd’hui en étant dessinatrice ?


    Il y a mille façon de gagner sa vie avec le dessin, mais toutes seront relativement compliquées, et en tous cas nécessiteront que vous abandonniez totalement l'idée de planifier à plus de 1 semaine dans le futur. Il y a évidemment moyen d'accéder au confort, pour peu qu'on soit observateur ou observatrice et qu'on maitrise les modes dans les domaines qui permettent de gagner de l'argent avec ce genre d'activité ; mais le confort ne concerne qu'une personne sur énormément de galériens, il faut garder ça en tête.

     

     

    Votre BD Des croûtes aux coins des yeux est éloignée du style « girly » qu’on retrouve chez beaucoup d’illustratrices…

    Pour ce qui est de la BD "girly", je refuse d’en parler désormais. mon point de vue est résumé ici. J'ajoute malgré tout que si y'a quelque chose à pointer ou à creuser là dedans ce sont les choix éditoriaux, de mecs donc, à la tête des maisons d'édition. Maintenant le "girly" a fait place à du féminisme niais et inoffensif. Changer de boite ne nous fait pas avancer et on nous parle toujours que de notre condition de femmes quand il est urgent de sortir de ce sujet pour voir enfin ce que font ces artistes.

     

     

     

     

    Tanxxx : le dessin hors de sa bulle

     

     

     

     

    Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite gagner sa vie par le dessin et la bande dessinée ?


    Qu'il ou elle fasse autre chose pour gagner sa vie si il ou elle tient à garder une indépendance de ton et une liberté dans ce qu'il / elle dessine et raconte. Le milieu est devenu beaucoup trop précaire maintenant. Quand j'ai commencé à gagner ma vie avec ça, le RMI (qui n'était déjà pas la panacée) n'avait pas été remplacé par le RSA, même si j'ai gardé de cette époque une impression tenace de me faire surveiller dans tous mes agissements (et ça doit être encore pire avec le RSA) . C'est déjà très difficile dès qu'on sort du classique CDI, je vous laisse imaginer ce que c'est quand notre activité n'est jamais considérée comme un travail, à commencer par trouver un logement (et a fortiori dans des villes comme Bordeaux).

     

     

    Quels sont vos projets actuels et futurs ?


    Pour 2018 j'ai plusieurs choses qui doivent se finir : un Dictionnaire dessiné il y a un an et un recueil de textes qui portent sur la condition d'artiste. Je ne planifie rien, et les rares fois où ça arrive je finis par faire autre chose.
    Mais un projet sûr pour cette année est de quitter Bordeaux puisque je n'ai pas le choix, je suis poussée dehors comme énormément de gens de mon entourage et au-delà. Cette ville finira en vitrine.

     

     

     

    Tanxxx : le dessin hors de sa bulle

     

     

     

     

     

     

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    Pascal Bielskis est l'auteur de deux livres, Zéro heure trente deux et Grand Mesure. Il est en train d'écrire son troisième ouvrage et est également chanteur dans le groupe Panpan Master et rappeur. 

     

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    Peux-tu te présenter ?

     

    Je m'appelle Pascal Bielski et j'ai 41 ans. Je suis un écrivain et chanteur bordelais, passionné par sa ville et par la création.

     

    Pascal Bielskis, écrivain et chanteur bordelais

     

     

    Parle-nous des deux livres que tu as écrits.

     

    J'ai commencé à écrire avec la musique, en grattant des textes de rap à 15 ans. L'écriture a toujours fait partie de mon quotidien, je me suis d'abord exprimé par la musique et le rap et ensuite par les livres et les poèmes. A l'époque où j'écrivais dans des fanzines locaux de rap, écrire un livre me semblait énorme, je me disais que c'était un beau rêve mais une étape insurmontable ; et c'est finalement devenu une réalité.

     

     

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    Parle-nous de ton projet actuel de roman...

     

    Ce sera un roman qui parle de soirées bordelaises pendant l'été 2010, qui ont eu lieu dans le T1 d'un ami à nous. C'était de grosses soirées, avec 40, 50 personnes, qui commençaient le jeudi soir et finissaient le lundi après-midi. Ça racontera l'histoire de la personne qui nous accueillait, sans qui rien de tout cela n'aurait été possible, et des personnes qui ont gravité autour de lui.

     

     

    Comment décrirais-tu ton style littéraire ?

     

    Je m'identifie à l'écriture automatique d'auteurs américains de la Beat Generation, comme Kerouac, Burrough, Bukovski ou Fante.. J'aime aussi beaucoup d'auteurs français comme Céline, Maupassant, Marcel Pagnol, mais mon style d'écriture est vraiment basé autour d'une ligne conductrice, je prends une phrase et je fonce.

     

     

    Pascal Bielskis, écrivain et chanteur bordelais

     

     

    Parle-nous de ta carrière musicale.

     

    On était en plein dans les années 90, j'ai fait ma première scène le 30 novembre 1991. Le rap arrivait à sa troisième génération et il y avait beaucoup de buzz autour de ce style musical, l'état mettait en place pas mal de politiques culturelles autour du rap et on est tombé dedans avec mes potes. Ç'aurait pu être le rock, ou le punk, mais ça a été le rap. On a fait la première partie d'Iam, d'Oxmo Puccino, on s'est développé localement et on a sorti notre premier album en 2004, en distribution chez Musicast et en vente partout en France. Après cet album j'ai créé Panpan Master, j'avais besoin d'autre chose que du rap, mais on peut finalement dire que Panpan Master, c'est du rap sur de la musique électronique. C'était au départ un projet fourre-tout, dedans il y avait des morceaux punk, pop, et ça s'est peu à peu orienté vers le rap et l'électro. J'ai fait énormément de rencontres grâce à Myspace, et j'ai créé le single « Cuir Moustache » en collaborant avec Kaz Nishimura, un artiste japonais que je n'ai jamais rencontré de visu ; pour le reste des morceaux, c'était des collab avec des amis, des connaissances. Je me suis produit en tant que Panpan Master aussi bien au Fiacre à Bordeaux ou dans des soirées résidentes à Paris à la Lucha Libre, qu'aux Transmusicales de Rennes en 2012, devant 3000 personnes. En tout on a fait plus de deux-cents dates.

     

     

     

     

     

     

    Parle nous davantage de ton morceau « Cuir Moustache ».

     

    Le morceau a été enregistré par un ami à moi, Grand Panini, qui travaille pour « 10 minutes à perdre » ; j'avais demandé une musique d'inspiration pornographique, et mon ami a trouvé que ça avait un air de musique S.M. Il a pris son micro et a calé sur le refrain « Cuir ! Moustache », et c'était lancé. J'ai besoin que la musique soit ludique, de même pour l'écriture, il ne faut pas que ça devienne une contrainte.

     

     

     

     

     

    Tu partages beaucoup tes écrits et tes coups de cœurs musicaux sur Facebook et Instagram, considères-tu qu'il est important pour un artiste d'être connecté ?

     

    Oui maintenant c'est essentiel, car il y a tellement de monde et si peu d'exposition médiatique mainstream qu'il faut cet outil là pour aller plus loin. Avant Myspace, je rappais uniquement dans ma ville, mais avec les réseaux sociaux j'ai pu joué partout en europe. Ça permet d'échanger avec le public, de se faire connaître ailleurs que localement.

     

     

    Tu te décris comme un dandy : c'est quoi, pour toi, un dandy ?

     

    Plus que dandy, je dirais gentleman ou élégant. C'est une idée de l'esthétisme vestimentaire, se dire qu'à partir d'un certain âge, on peut s'habiller en costume, et pas que dans le cadre professionnel, parce qu'on aime ça. Nous sommes une petite communauté de gentlemen bordelais, avec un style vestimentaire mais aussi un aspect créatif, une éducation sartoriale, une élégance aussi intellectuelle de tolérance, de bienséance et de partage.

     

     

     

     

    Tu aimes beaucoup Bordeaux: pourquoi cet attachement à cette ville ?

     

    Je vis à Bordeaux depuis toujours, c'est une ville où il y a beaucoup de créateurs, et qui fonctionne par cycles : il y a des périodes très fortes de dynamisme, puis le soufflet retombe un peu, c'est un encéphalogramme culturel. En ce moment nous sommes dans une phase de création, beaucoup de choses se passent. Bordeaux attire, on le voit avec la LGV qui relie Paris, avec l'ensemble d'infrastructures qui fait que c'est une ville attractive, ce qui n'était pas le cas quand j'ai commencé à rapper. À l'époque, on surnommait la ville la Belle Endormie. Le rap et l'électro ont eu du mal à y émerger, bien qu'il y ait énormément de Djs et de groupes de rap dans la ville ; c'est aussi parce que Bordeaux est très étiquettée rock.

     

     

     

     

     

    Quels endroits recommandes-tu pour boire un verre et se détendre à Bordeaux ?

     

    Je conseille le café Rohan, c'est un bel endroit avec une grande terrasse en plein centre de Bordeaux. Je recommande aussi le bar à champagne Secret d'Initié, rue du Parlement Sainte Catherine. J'aime bien aussi le bistrot Le Chabrot, en bas de la Place du Palais. Et évidemment les bars place Fernand Lafargue, dont l'inévitable Apollo. De manière générale, j'aime beaucoup l'hypercentre bordelais, pour flanner. Pour écouter de la musique et faire la fête, le Rocher de Palmer est l'endroit où il se passe le plus de choses à Bordeaux ; je recommande aussi le Café Pompier pour les scènes émergentes.

     

     

      

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    Yves Harté a reçu le prix Albert Londres en 1990 ; il a couvert de nombreux conflits et est rédacteur en chef du journal Sud-Ouest depuis 2008. Il nous parle de sa carrière, prodigue ses conseils aux futurs journalistes et revient sur des bouleversements historiques du XXe siècle ; rencontre avec un grand nom du journalisme néo-aquitain.

     

     

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    Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

     

    Je suis né en 1954, dans les Landes. J'ai fait un parcours relativement classique : bac, puis fac de lettre. Je n'avais pas vraiment l'idée de devenir journaliste, c'était quelque chose d'extrêmement vague dans mon esprit, mais je lisais beaucoup la presse dans son ensemble. Je lisais aussi beaucoup sur le sport, et énormément d'auteurs américains des années 30, Dos Passos, Steinbeck... J'avais donc un mélange d'appétance pour le genre littéraire, et pour l'autre, l'autrui. Un jour, j'ai tourné dans un feuilleton télé, parce que je faisais du théâtre ici à Bordeaux. Cela m'a amené à rencontrer quelques scénaristes, et l'un d'eux, journaliste de sport, m'a conseillé d'écrire. C'est comme ça que j'ai commencé ; à l'époque on n'avait pas besoin des écoles de journalisme pour devenir journaliste. En revanche après j'ai fait une formation complémentaire, “sciences du langage et communication”, et très rapidement j'ai fait des stages. Huit jours après que j'ai démarré mon premier stage, dans le Gers où à l'époque Sud-Ouest avait un bureau, il y a eu des innondations catastrophiques, causant onze morts : je me suis donc trouvé en relation directe et immédiate avec un fait divers important. J'ai continué à Cognac, où j'ai été remarqué par Pierre Veilletet, qui est décédé maintenant et était rédacteur en chef de Sud-Ouest dimanche. C'est lui qui m'a fait commencé à travailler, et c'est comme ça qu'en l'espace d'un an et demi, deux ans, je suis passé de stagiaire à un poste en C.D.I à Mont-de-Marsan.

     

     

    Quelles ont été les personnalités qui vous ont inspiré au cours de votre carrière ?

     

    Beaucoup de monde. À mes débuts, je connaissais la signature de Veilletet, j'avais beaucoup d'admiration pour lui car je m'intéressais aussi beaucoup à l'Espagne, et il avait été envoyé par Sud-Ouest pour couvrir la fin de la dictature franquiste en 1975. Je lisais également beaucoup Le Monde, et le journaliste Jean-Claude Guillebaud, qui à l'époque faisait un très beau reportage intitulé Les confettis de l'Empire, m'a marqué. J'adorais également le journaliste Denis Lalanne, pour qui j'avais beaucoup d'admiration. Enormement de journalistes m'ont inspiré... Je vais vous en donner un dernier : Jonathan Randall, qui a fait son dernier reportage pour le New York Times, et qui m'a beaucoup appris de la rigueur anglo-saxonne sur le terrain. Par exemple : quand vous êtes prêt d'une zone de combat, il faut toujours laisser la voiture dans le sens de la marche, et jamais en marche arrière ; ces détails, comme recouper l'information au moins quatre fois, avant de la considérer comme pratiquement sure, sont primordiaux.



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                                                                                                                 Pierre Veilletet 

     

    Vous avez obtenu en 1990 le prix Albert Londres ; selon vous quelles sont les caractéristiques du bon journalisme ?

     

    Je pense qu'il y a des invariants. Le bon journalisme traverse les siècles et il était à peu près le même que ce qu'il était à l'apparition du journalisme indépendant. Il est devenu un peu le journalisme le terrain : il doit avoir un regard indépendant, et fonctionner comme une oeuvre littéraire spécifique, extrêmement éphémère et efficace. Il y a une citation qui dit : “les journaux ne sont pas là pour être lus, ils sont là pour être vendus, et un journaliste n'est pas là pour écrire, il est là pour être lu” ; c'est très vrai. Malgré cette formule un peu abrupte, cela n'empêche pas qu'il y ait une forme de vérité ; mais être lu ne veut pas dire ne pas écrire, au contraire. Il faut être accessible, et cela nécessite une véritable technique d'écriture, quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez. Ces deux conditions, l'indépendance du regard et la clarté d'expression, sont valables je pense pour tous les médias : une voix doit être accessible, de même qu'une présentation physique. Tout ce qui obscurcit s'oppose au journalisme.

     

     

    Rencontre avec Yves Harté, grand reporter et rédacteur en chef de Sud-Ouest



     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pourriez-vous nous parler un peu de votre série de reportage sur la chute du mur de Berlin, qui vous a valu le prix Albert Londres ?

     

    Il n'y avait pas que ça. En mars 89, il y a eu un événement qu'on a beaucoup oublié, alors qu'il était d'une importance déterminante géopolitiquement, et donc on subit encore les conséquences aujourd'hui : les derniers soldats russes quittent l'Afghanistan. C'est cette année-là que j'avais demandé à pouvoir aller en Afghanistan ; j'ai fait les premières grandes batailles d'une guerre civile qui après le départ des soviétiques a opposé les afghans entre eux, notamment les moudjahidins et les communistes. La reconquête par les moudjahidins démontrait déjà des tendances extrêmement dures. L'été 89, après que je sois rentré, Veilletet m'a dit qu'il se passait quelque chose d'étrange en Europe, des mouvements de populations très importants, certainement les plus considérables depuis la dernière guerre mondiale : les gens fuyaient l'ensemble du   bloc communiste. Par exemple en Roumanie, où j'avais déjà réalisé un reportage sur les centres agro-industriels en  88, des roumains essayaient de fuir vers la Hongrie ; c'était  le premier déplacement. Le second déplacement, ça a été la grande épuration des bulgares qui a jeté dehors 300 000 bulgares ayant des origines turques. Et il y avait enfin, en      cet été 89, le premier exil des allemands de l'est qui, par la     Hongrie, partaient et passaient jusqu'en Autriche puis en Allemagne de l'Ouest. Donc j'ai fait des reportages dans tous les pays où les populations fuyaient ou dans les pays qui les recevaient ; je n'ai pas pu revenir en Roumanie car j'y étais interdit de séjour, mais je suis allé en Bulgarie, en Turquie, en Autriche et en Allemagne. En Allemagne de l'Est, peu de temps après mon arrivée, Gorbatchev est venu délivrer un message, par cette phrase sybilline : “ceux qui ne prennent pas les trains restent à quais”, ce qui signifiait qu'il fallait absolument prendre le train de la glasnost qu'il avait initié en Union Soviétique, et que l'Union Soviétique n'interviendrait pas pour protéger l'Allemagne de l'Est si jamais il y avait des rétractations. Ça a produit des manifestations ouvertement anti-communistes ; tous les journalistes ont été foutu dehors, nos visas n'ont pas été renouvelé. Je suis resté en contact avec des amis avec qui je m'étais lié en Allemagne de l'Est, qui m'ont dit que le mur n'allait pas durer. Je suis arrivé le 9, et le mur est tombé le jeudi ; ou plutôt une barrière s'est levée, dans la plus grande des confusion, puis la foule était devenue tellement énorme qu'il a fallu ouvrir les artères. Il y a eu des mouvements similaires en Tchécoslovaquie, et on y est parti aussitôt pour assiste à la même chose, à la chute du mouvement communiste. C'est pour cet ensemble d'écrits et de photos que j'ai reçu le prix.

     

     

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    Quels conflits avez-vous couvert exactement ?

     

    Le premier était le Liban, puis l'Afghanistan. Dans les années 89-90, j'ai écrit sur la déflagration de la chute du mur et de la fin du communisme, qui a entraîné des réactions en chaîne, très rapide ; la première des réactions a donc été en Afghanistan dont j'ai parlé. Aussitôt après ça a été la désagrégation de la Yougoslavie, donc l'ensemble des conflits qui ont opposé la Serbie et les nostalgiques d'une grande Serbie comptant la Croatie, la Slovanie, Sarajevo, les Balkans... Après il y a eu la première Guerre du Golfe, d'une bizarrerie absolue, puisqu'on était sur place, à l'hôtel, hôtel qui pouvait très facilement se transformer en prison dorée pour journalistes si jamais ça tournait mal ; on s'en était aperçu un jour, il suffisait de fermer deux grandes portes et tout le monde était enfermé dans une enceinte. Ils nous ont mis dehors après deux ou trois jours de bombardements américains. Mais ensuite, ce qui a été le plus intéressant et dur en termes de conflit, ça a été le Kurdistan. On est allé avec les troupes du PDK, pratiquement jusqu'au centre de l'Irak, au bord des frontières kurdes ; nous avons du partir suite à une contre-attaque de Saddam Hussen, c'était chaud.

     

     

    Rencontre avec Yves Harté, grand reporter et rédacteur en chef de Sud-Ouest



     

     

     

     

     

     

     

    Lequel des conflits que vous avez couvert vous a le plus marqué, tant humainement que journalistiquement ?

     

    Honnêtement, tous. Je me souviens des rencontres avec des gens que je n'ai jamais revu, qui m'ont aidé ; des fixeurs, des traducteurs... Après, celui qui m'a peut-être le plus marqué, celui qui a été le plus intéressant et le plus formateur pour moi, ça a été le Kurdistan. D'une part on n'était qu'une poignée à pouvoir y entrer, on était neuf journalistes. On a vécu la dernière victoire de l'écrit sur le numérique émergent, puisque lors de cette première guerre du Golfe on a découvert également la puissance des satellites, qui n'existaient pas avant. Les américains les avaient utilisé pour la première fois en Irak, à Bagdad ; on s'était dit que maintenant on pouvait transmettre de partout, en un coup de téléphone au journal. Sauf que quand on est arrivé en Irak, on avait oublié un détail : les américains drônaient toutes la zone et les balises satellites ne servaient plus à rien. Pour les photographes et les télés, c'était un drame, ils se sont débrouillés à partir des émissaires, mais ça mettait très longtemps. Quant à nous, les journalistes de presse écrite, les Kurdes nous ont proposé d'écrire nos papiers de manière très lisible, à la machine ou en lettres capitales, afin qu'ils les récupèrent dans la nuit et les transmettent par fax à nos rédactions. Le mec partait d'Erbil jusqu'à la frontière iranienne qu'il franchissait, il arrivait dans un bureau iranien à la frontière, les Kurdes d'Iran faxaient nos papiers au bureau de Londres, et le bureau de Londres les renvoyait. C'était incroyable, et tous les papiers sont arrivés ! Pour le Guardian, pour le New-York Times, pour Wall Street Journal, Sud-Ouest, Libération... C'était incroyable.



     

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    En termes d'attitude journalistique sur un terrain de conflit, comment s'y prend-t-on pour assurer une information correcte, pas trop biaisée, sans mettre en péril sa vie ? Est-ce que c'est possible ?

     

    Oui, c'est possible, même s'il y a toujours un risque. Après je ne connais pas les règles et la réalité des guerres aujourd'hui ; ce que j'en sais, c'est que c'est beaucoup plus compliqué. J'ai connu très peu de guerre où il n'y avait pas de ligne de front, ça commençait mais c'était une minorité. Aujourd'hui il n'y a plus de front, on ne sait plus où commencent les combats. Et ça c'est quand même quelque chose de très nouveau. On ne sait plus d'où ça vient, on ne sait plus exactement dans quel territoire on se trouve... ça rajoute considérablement au danger.

     

     

    Rencontre avec Yves Harté, grand reporter et rédacteur en chef de Sud-Ouest

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Donc vous pensez que la dynamique que vous aviez mis en place quand vous étiez reporter de guerre ne pourrait plus être applicable aujourd'hui ?

     

    Il y a des règles qui demeurent. Par exemple, avoir une totale confiance dans le groupe avec lequel on part et dont quelqu'un a pu nous certifier le sérieux. Toujours savoir pourquoi et selon quelles sources les gens parlent, de manière à ne pas tomber sur des gens plaidant pour une cause, le risque étant de rapporter des considérations idéologiques et de tomber dans la propagande. La propagande est très difficile à éviter, parfois c'est même impossible ; mais il faut toujours le garder à l'esprit.

     

     

    Comment fait-on pour vérifier que l'information donnée est fiable?

     

    Tout dépend de l'information qu'on cherche. S'il s'agit d'expliquer la nature de conflits, la thématique, si on cherche des témoignages, c'est... J'allais dire "simple" ; non, c'est compliqué, mais vous n'avez pas de travail d'enquête à faire. Là où c'est plus dangereux, c'est quand il faut enquêter, avoir une approche de reportage et une approche d'enquête. Ça prend plus de temps, il faut rencontrer des gens, avoir des contacts précis... Le plus dangereux est là.



    Vous êtes rédacteur en chef de Sud-Ouest depuis 2008. Comment décririez-vous la ligne éditoriale du journal ?

     

    Elle n'a pas beaucoup changé depuis la création du journal, mais elle a évolué et épousé son temps. Elle reste tout de même à peu près fidèle aux valeurs qui ont toujours guidées Sud-Ouest, fondé après la guerre sur des principes hérités de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne, puisque Sud-Ouest était l'émanation du M.R.P, parti de centre-gauche humaniste disparu en France aujourd'hui, le M.R.P. C'est à peu près cette ligne éditoriale qui prévaut, avec ensuite une véritable appétance, défense et illustration de la région, chose qui aujourd'hui devient un peu plus compliquée car la région a beaucoup évolué.



    Les prix Albert-Londres de Sud Ouest: Pierre Veilletet, Jean-Claude Guillebaud,Yves Harté : 3 grands reporters au coeur de l'actualité par [Harté, Yves, Veilletet, Pierre, Sud Ouest, Journal, Guillebaud, Jean-Claude]

     

     

    Sud-Ouest est le deuxième quotidien le plus diffusé de France, derrière Ouest-France ; qu'est-ce qui fait selon vous le succès de votre journal ?

     

    On a toujours donné à la fois une information dite générale plutôt de qualité, assez complète, et en même temps une information locale assez fouillée. Cette complémentarité permet d'avoir un journal global, un mass media véritablement, qui peut couvrir l'ensemble des appêtits de nouvelles de toute une population, et qui parle de l'international, du national et du local. Autant vous dire que ce modèle est drôlement secoué aujourd'hui, et je ne sais pas comment il va rester viable, car ce concept global tel que nous le concevions est aujourd'hui exactement l'ancêtre d'Internet.



    Justement, Sud-Ouest a été assez en avance par rapport aux autres quotidiens régionaux sur le numérique : il a été le premier à proposer une offre d'abonnement digital. Comment s'est joué votre position de précurseur à ce niveau ?

     

    Parce qu'on s'y est intéressé assez tôt, à l'occasion du procès Papon en 98, à l'heure où Internet émergeait réellement. Au sein de notre rédaction, un journaliste, parti à la retraite aujourd'hui, avait commencé à monter un embryon de site Internet, seul avec un jeune stagiaire, et puis on s'y était déjà intéressé à partir de 94. Il y avait un intérêt pour ça, et puis peut-être que le fait d'être à Bordeaux a aidé : la ville a été très rapidement tournée vers le numérique, avec des start-ups naissantes. C'est une combinaison de facteurs, et puis après il y a eu une véritable volonté, venue de Patrick Venries, directeur délégué, qui a tout mis en oeuvre à partir de 2005.

     

     

    Rencontre avec Yves Harté, grand reporter et rédacteur en chef de Sud-Ouest

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vous avez écrit plusieurs livres sur la tauromachie ; en quoi ce sujet vous intéresse ?

     

    Je me suis toujours intéressé à la tradition taurine très présente dans le sud de la France. C'est une habitude culturelle que j'ai depuis toujours, dont j'ai été imprégné. Il y avait des corridas dans la ville où j'habitais. Ce qui m'a passionné, sans rentrer dans les débats, c'est cette question : comment quelque chose qui est éphémère peut perdurer par son témoignage visuel, et comment ce témoignage visuel l'embellit et le raconte ? Qu'est-ce qui peut rester de quelque chose qui a bouleversé un public entier, sinon ce qu'on en raconte et ce qu'on en écrit ?

     

     


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    Je conclus avec une question classique mais nécessaire : quels sont vos conseils pour un jeune qui ambitionne de devenir journaliste ?

     

    Il faut faire une école de journalisme, et après choisir vers quel média vous voulez vous tourner. Par exemple, le milieu de la presse écrite est devenu compliqué. L'écrit va perdurer, j'en suis convaincu, mais le support papier, je pense, va disparaître, ou deviendra un objet de luxe ou un objet rare, et ne pourra plus être utilisé comme il l'a été, en tant que support de média de masse. De fait, je serais bien embarassé pour vous donner un conseil. C'est à vous, les jeunes, de l'inventer. Après, je conseillerai plutôt de s'intéresser véritablement aujourd'hui aux multimédias. Certes, c'est un genre hybride et difficile, mais il y a des choses à explorer là-dedans.

     

     

    Rencontre avec Yves Harté, grand reporter et rédacteur en chef de Sud-Ouest

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Emmanuel B. Courau est un féru de mode et d'histoire ; il a lié ses deux passions en créant des costumes d'époque. Penché au-dessus de sa machine à coudre, dans l'atelier qu'il a aménagé à son image, il nous parle de ce milieu particulier qui réunit couturiers, conservateurs de musées et amoureux de crinolines.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Peux-tu te présenter ?

     

    Je m'appelle Emmanuel Courau et j'ai 25 ans. Je suis tailleur et costumier, spécialisé dans l'histoire du costume et dans la création du costume d'époque, ainsi que dans ses accessoires : les perruques, les chapeaux, les postiches, corsets, broderies...

     

     

     

     

    D'où t'es venue cette passion pour le costume d'époque ?

     

    En fait tout a commencé pour un Halloween, j'avais 18 ans et je m'étais lancé dans un costume vaguement d'époque. Avant j'étais davantage passionné dans le mobilier d'époque ; ce sont deux intérêts, les costumes et le mobilier, qui sont liés, mais qui ont évolué différemment. Mes cours d'histoire ont joué un rôle très stimulant. Le point commun est de parvenir à créer un environnement cohérent et confortable, une atmosphère, comme le font les collectionneurs. J'ai toujours besoin de planter un décor, par confort et habitude. Chez moi, le mobilier, les porcelaines et les chandeliers sont tous datés entre 1740 et 1830, mais j'aimerais y ajouter des pièces de designers contemporains. Au final, ma passion des antiquités est presque devenue un mode de vie.

     

     

     

     

    Quelles sont tes inspirations ?

     

    Je suis toujours à la recherche de nouvelles gravures, de peintures, de pièces authentiques qui me donneront des idées. Je suis également très inspiré par certains films historiques, par des documentaires. A Paris, le Palais Galliera et le Musée des Arts Décoratifs sont des sources d'influences majeures pour mes costumes ; à Bordeaux, je visite régulièrement les antiquaires pour me donner des idées de mobilier, et de temps en temps le Musée des Arts Décoratifs et du Design.

     

     

     

     

    As-tu déjà hésité entre la création de pièces contemporaines et de costumes d'époque ?

     

    C'est un choix qui se propose toujours à moi, mais le costume tel que j'aime le faire est une niche dans laquelle la concurrence est moindre. Et puis c'est aussi ce que j'aime le plus faire. Je vais moins naturellement vers le contemporain, qui demande d'autres notions mais où la possibilité de création est tout aussi importante.

     

    Quelles techniques utilises-tu pour réaliser tes costumes ?

     

    J'essaye d'employer les mêmes techniques que dans le passé, pour obtenir des rendus similaires ; ces techniques, je les ai apprises en discutant avec des collectionneurs, des conservateurs de musée, des marchands de vêtements anciens, des costumiers... Mais malheureusement le budget des clients ne suit pas toujours ; d'ou l'intérêt de réaliser parfois des costumes plus simples et moins précis dans des matières moins naturelles,  mais j'y ajoute toujours des dentelles et des fourrures d'époque, pour donner un aspect authentique.

     

     

     

     

     

     

     

    Toi et les aficionados du costume d'époque, vous formez une communauté particulière ; comment vous rencontrez-vous ?

     

    Lors d'événements costumés, de rendez-vous, de reconstitutions, suivant la région. Les passionnés dans mon genre sont assez rares, et il n'y a pas de profil-type ; il y a mille et un chemins pour en arriver au costume d'époque. On fonctionne beaucoup au bouche à oreille. Il y a beaucoup à partager, mais peu de connaisseurs. Je remarque tout de même que le costume d'époque intéresse davantage les gens aujourd'hui.

     

     

     

     

    Peux-tu me parler un peu de ces événements costumés auxquels tu te rends souvent ?

     

    Ils sont organisés par des spécialistes de l'événementiel ; ce sont toujours des associations, des châteaux ou des musées qui veulent faire vivre le lieu et le remettre au goût du jour. En général, le XVIIIe siècle est privilégié car c'est un siècle qui fait fantasmer, avec ses Lumières, ses nombreuses découvertes, le film Marie-Antoinette et sa mode accessible. En dehors des événements se tenant dans des lieux publics, certaines associations organisent des reconstitutions ; ce sont des événements plus discrets, plus spécialisés et qui accueillent moins de monde.

     

    Quelle est ton époque préférée et pourquoi ?

     

    J'adore la fin du XVIIIe siècle, pour les raisons que je viens de citer, et puis pour l'élégance de cette période, l'atmosphère à la fois simple et travaillée qu'elle dégage, le paradoxe qu'elle propose, entre pauvreté et raffinement. J'aime aussi beaucoup le XXe, très moderne, où la société était encore enfermée dans un carcan vestimentaire mais où beaucoup de choses ont été créées.

     

     

     

     

    Comment gagne-t-on sa vie dans le milieu du costume d'époque ?

     

    On la gagne. Chacun sa spécialité : costume de théâtre, cabaret, corseter, ou comme d'autres costume d'époque, ou encore tout à la fois ! Ce sont des particuliers qui achètent des costumes d'époque sur-mesure, par passion. Pour une robe dite "à la française" du XVIIIe siècle, comprenant une chemise, un corset, des paniers, une crinoline, deux jupons, une jupe et un corsage, je touche entre 1 000 et 1 500€, selon les matières utilisées et l'ornementation ; mais je vends rarement des pièces complètes, à peu près trois ou quatre fois par an. Le plus souvent, des particuliers m'achètent des corsets et des perruques, ou des robes. 

     

     

     

     

    Parle-moi de l'atelier dans lequel tu travailles...

     

    J'ai d'abord travaillé chez moi pendant un an, mais c'était très fatigant d'avoir sans cesse de la poussière et du tissus dans mon habitat, et c'était difficile de gérer son temps. Je connaissais déjà l'Atelier Lipstick par l'amie d'une de mes collègues d'atelier ; j'ai rencontré l'une des filles qui quittait l'atelier à un vernissage, et j'ai décidé de m'y installer. Trouver un atelier partagé abordable n'est pas chose facile à Bordeaux, donc je n'ai pas hésité trop longtemps.

     

     

     

     

     

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  • Il y a quelques mois, j'ai interviewé Timothée Fargeaudoux, jeune artiste bordelais, créateur d'Esprit Animal (sa page Facebook est juste ici) et de Coup de Crayon

     

     

    Maybethenextreporter : Peux-tu te présenter et me parler de ton activité ?

     

    Timothée : Je m’appelle Timothée Fargeaudoux et j’ai créé deux plate-formes ; la première, créée il y a un an et 8 mois, est basée sur un concept anthropomorphique et s’appelle Esprit Animal. C’est parti d’un délire avec des potes, je les dessinais en animaux, et puis par la suite j’ai développé un peu le concept. Je fais aussi du prêt-à-porter, tee-shirts, débardeurs, sweat-shirts ; j’ai ma propre marque, et de la création sur mesure, par exemple pour le Trampoline Park de Bordeaux, dont j’ai défini l’identité visuelle, ou pour la Biennale d’Agora, la CUB et la Mairie de Bordeaux. Je fais également du logotype. La deuxième plate-forme est bien plus ancienne, elle s’appelle Coup de Crayon ; j’ai commencé ça quand j’étais au lycée, parce que j’ai toujours aimé l’illustration.

     

    Maybethenextreporter : Quel est ton parcours ?

     

    Timothée : J’ai fait l’ECV, l’Ecole de Communication Visuelle. J’étais en deuxième année quand j’ai eu l’idée d’Esprit Animal et que j’ai développé le concept ; je n’ai fait qu’un semestre de ma troisième année, j’avais un business plan et ils ont quand même validé ma troisième année, parce que j’avais un projet professionnel. Ils m’ont demandé de revenir en septembre, mais j’avais la Biennale et les Champs Elysées à Paris, où j’ai exposé pour le Salon des Humoristes d’Hier et d’Aujourd’hui.

     

     Maybethenextreporter : pourquoi cette passion pour les animaux ?

     

    Timothée : Parce que je suis persuadé qu’en chacun de nous il y a un animal, au début je prenais ça un peu à la rigolade, mais quand je pose la question aux gens ils me sortent automatiquement des animaux qui ne sont pas ceux auxquels on pense ; je m’attends au lion, et j’ai eu des trucs comme des scolopendres, de la libellule, du narval, et c’est ça qui m’a amusé et m’a convaincu qu’il y avait quelque chose à faire. J’en suis à 156 animaux.

     

     

    Maybethenextreporter : Quelles techniques utilises-tu ?

     

    Timothée : J’utilise deux techniques pour deux plate-formes. Je commence dans les deux cas par le dessin rudimentaire, à la main ; je scanne et je reprends sur Illustrator, quand je travaille sur Esprit Animal. Je mets des aplats de couleurs, je leur donne une expression, je m’éclate, et ensuite je sérigraphie.

     

    Maybethenextreporter : Peux-tu me décrire ton style en trois mots ?

     

    Timothée : Je dirais animal, amérindien et polygonal.

     

    Maybethenextreporter : Quelles sont tes inspirations et tes influences artistiques ?

     

    Timothée : Métroplastique m’a beaucoup inspiré, c’est un couple génial de deux illustrateurs qui a vraiment décollé il y a 12 ans et ils m’ont vraiment scotché. Ils utilisent très bien le Posca, ils sont d’ailleurs sponsorisés par Posca, et ils font des super fresques. Après il y a Shepard Fairey, qui travaille avec Obey, ses messages étaient vachement intéressants. Il fait énormément de pochoir, et réutilise les codes de la propagande en les bonifiant.

     

    Interview de Timothée Fargeaudoux, créateur d’Esprit Animal et de Coup de Crayon

     Métroplastique 

    Maybethenextreporter : Pourquoi cette diversité dans les supports ?

     

    Timothée : Parce que je me dis que tous les supports sont intéressants, ils posent à chaque fois une problématique à résoudre.

     

     

    Maybethenextreporter : Où crées-tu et où exposes-tu ?

     

    Timothée : Je crée chez moi dans mon appartement, depuis toujours. J’expose en ce moment chez Nuage&Cie, agence de promotion artistique, je fais pas mal d’expos éphémères comme celles-ci, et après j’expose énormément avec l’Encadreur de Gambetta. J’expose aussi au Trampoline Park, et j’ai signé pour tous les Trampoline Park de France.

     

    Maybethenextreporter : Quels sont tes projets futurs ?

     

    Timothée : J’ai sorti un book de 75 pages, sur tout ce que j’ai fait depuis le début, qui va être édité. Après la publication de ce book, j’aimerais bien faire un petit tour du monde du graphisme, histoire de faire des collabs sympas, de rencontrer des gens, de découvrir et mélanger les styles.

     

     

     


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