• Au mois de septembre, je n'ai pas fait ma rentrée à l'université de Bordeaux-Victoire, comme c'était le cas depuis 3 ans. Je suis rentrée en master de sociologie à Sciences Po, à Talence. J'avais passé le concours (pour la troisième fois) durant l'été, et j'avais été prise. Et je peux vous dire que l'université et Sciences Po, en termes de fonctionnement, ça n'a RIEN A VOIR. Du coup, je me suis dit que ça serait intéressant de partager mon expérience ici !

     

    Afficher l'image d'origine

     

    D'un apprentissage ultra-disciplinaire à un apprentissage beaucoup plus large centré sur la culture générale : durant ma licence universitaire, je n'ai quasiment étudié que la sociologie, dans toute sa diversité. Sociologie de la déviance, sociologie du travail, sociologie des mouvements sociaux, sociologie politique... J'ai eu des enseignements d'économie et d'histoire, mais passant toujours par le prisme du social. Il n'y a qu'au dernier semestre de ma licence que j'ai eu des enseignements plus généraux, et ce parce que je m'étais inscrite au module "Préparation aux concours" au sein duquel on dispensait des cours de culture générale. A Sciences Po, bien qu'étant inscrite dans un master de sociologie, je suis des enseignements généraux avec des étudiants d'autres masters, les plus importants étant l'économie et la culture générale. Cela peut être assez déstabilisant pour des étudiants n'ayant jamais expérimenté ces matières. Les primo-entrants (comprendre : les nouveaux) bénéficient certes d'une "semaine d'intégration" au cours de laquelle on nous dispense un genre de rattrapage en économie et en culture générale, mais c'est assez léger. Il faut donc s'accrocher durant les premiers temps pour comprendre ce qui est attendu.

    La "culture générale" est souvent difficile à cerner, même pour des étudiants présents à Sciences Po dès leur sortie du lycée. C'est un thème très large, pouvant aller de la présentation d'une lutte écologique à l'analyse d'un communiqué de Daesh en passant par la dernière émission culturelle sur Arté. C'est bien sûr stimulant intellectuellement, mais durant les dissertations de culture générale, il est nécessaire d'aborder des champs de connaissances très divers. "Culture générale", cela veut à la fois tout dire et rien dire ; en vérité, le concept repose surtout sur les connaissances et activités extra-scolaires des étudiants.

    Un autre changement majeur pour les étudiants venus de l'université réside dans les cours de langues. A la fac, je n'avais que deux heures d'anglais quelques semaines dans l'année ; les profs comme les élèves parlaient français et ce n'est qu'en troisième année de licence qu'on a commencé à étudier des textes sociologiques en anglais. A l'université toujours, il n'y avait pas de cours de deuxième langue ; on pouvait suivre des cours en ligne, mais rien n'était obligatoire ni suivi. A Sciences Po, on pratique obligatoirement deux langues, et on peut suivre des cours d'arabe, de mandarin, de portugais... en troisième langue. A savoir : TOUS les élèves de Sciences Po présents dès la première année sont partis à l'étranger durant leur deuxième année. Ils ont donc pour l'immense majorité un très bon niveau en anglais ou en espagnol ; le primo-entrant risque de se sentir un peu largué, en revanche, il progressera très vite. Durant les cours de langue, le français est interdit. Les enseignements s'articulent essentiellement autour de débats et de discussions entre étudiants sur l'actualité des pays anglophones ou hispanophones. 

     

    L'organisation et la méthode Sciences Po : à l'université, les étudiants sont le plus souvent dans des amphithéâtres comptant entre 100 et 500 étudiants. Ils sont anonymes, sauf s'ils décident de poser une question ou de se manifester d'eux-mêmes auprès du professeur. Dans les quelques cours de TD, les groupes comportent souvent entre 20 et 30 étudiants. A Sciences Po, l'étudiant intègre un groupe de "conférence de méthode" d'environ 15 étudiants ; il suivra la plupart de ses cours dans des classes de moins de 25 étudiants, où le professeur fera l'appel systématiquement. Cela peut être très déstabilisant pour quelqu'un qui, comme moi, a d'abord connu le système autonomisant et anonymisant de l'université. A la fac, on vous fait sentir que vous travaillez pour vous, et rien que pour vous ; si vous ne venez pas en cours, cela n'a pas de répercussion, sauf en TD où vous pourrez éventuellement être sanctionné au niveau de la notation. Vous pouvez manger en cours, aller sur Facebook, envoyer des SMS, jouer à Angry Birds : personne n'en a rien à faire. Ce système a ses bons côtés comme ses mauvais côtés : beaucoup d'étudiants débarqués du lycée se sentiront perdus dans la masse. Personnellement, j'ai apprécié ce côté responsabilisant et autonomisant de l'université, où je n'avais de compte à rendre qu'à moi-même. A Sciences Po, c'est totalement différent : votre présence en cours est requise et vérifiée systématiquement, sauf dans les rares cours en amphis. Dans certains cours, l'ordinateur et le téléphone portable sont interdits, et les profs peuvent être très virulents s'ils vous voient sortir votre portable. A Sciences Po, le prof vous voit, les salles étant le plus souvent organisées en U. Donc pour les élèves qui avaient du mal avec le système universitaire, Sciences Po remet l'étudiant au centre du jeu ; mais cette transition peut être vécue comme une régression vers le lycée. 

    Afficher l'image d'origine

    Au niveau de la méthode, les cours magistraux ressemblent assez aux cours de la fac. En revanche, les IEPistes sont très à cheval sur leur fameux plan de dissertation "deux parties, deux sous-parties" (en gros, I.A/B ; II.A/B). A l'université, on pouvait faire trois parties, avec un nombre irrégulier de sous-parties, ça ne choquait personne, pourvu que le plan de la dissertation soit cohérent et intéressant. Par contre, les professeurs et étudiants de Sciences Po sont beaucoup moins focalisés sur la problématique que ne l'étaient les profs d'université.

    Enfin, ce qui m'a le plus surpris au niveau de la méthode (mais qui n'opère peut-être qu'à l'IEP de Bordeaux), c'est que nous avançons sans connaître nos notes. Nous rendons des devoirs, nous présentons des exposés, mais les profs ne nous disent pas combien nous avons eu. Nous avons des partiels en janvier, mais nous ne connaîtrons nos résultats qu'en fin d'année scolaire. Il paraît que depuis qu'ils ont mis en place ce fonctionnement, les étudiants obtiennent de meilleurs résultats ; sans doute, c'est un moyen d'obliger les élèves à se donner à fond toute l'année. Mais je trouve ce système assez dur pour les nouveaux : il est quand même utile de savoir si le travail produit vaut un 5 ou un 13, histoire de pouvoir se dire si on se plante totalement ou si on peut continuer de la même manière. A l'université, nous avions nos résultats au fur et à mesure, ce que je trouvais personnellement bien moins stressant. Je ne suis pas forcément pour le système de notation à la française ; mais quand on y a été habitué durant 15 années de scolarité, il est assez brutal d'en changer du jour au lendemain.

     

    La cohésion des étudiants de Sciences Po : c'est probablement ce qui m'a surpris le plus rapidement à mon arrivée à l'IEP de Bordeaux. Les étudiants sont très soudés, et font énormément d'activités entre eux : week-ends d'intégration, sorties culturelles et sportives, soirées dans les bars, soirées d'Halloween, gala... Le Bureau des Etudiants est très présent et très actif. A l'université, il y avait une ou deux soirées organisées dans l'année, point final. Il y avait bien une association liée à notre licence de sociologie, mais elle était un peu moribonde (no offense). En même temps, ce mode de fonctionnement se comprend : contrairement à l'université où les étudiants viennent souvent de la région, les étudiants arrivant à Sciences Po sont issus de toutes les régions et villes de France. Ils ne connaissent donc pas la ville, se retrouvent loin de leur famille, et ont plus d’appétence à s'intégrer dans un groupe.

    C'est à la fois très intégrateur et stimulant, mais parfois un peu effrayant : on a parfois l'impression que Sciences Po va "avaler" toutes les facettes de notre existence. On va en cours à Sciences Po, on fait du sport avec Sciences Po, on va aux soirées Sciences Po, on passe notre temps libres avec les associations de Sciences Po... Pour les personnes qui aiment bien la solitude, il faut savoir doser, participer à la vie sociale de l'IEP tout en se conservant une vie privée. Le contraste est vraiment saisissant par rapport à l'université : à Sciences Po, il y a un hymne de l'école, des couleurs de l'école, des compétitions de sport qui ne se font qu'entre les IEP de France... On aime ou on n'aime pas. 

     

    Afficher l'image d'origine

    Le sport, les associations, les conférences : la plus-value Sciences Po - on ne peut pas nier les avantages considérables de Sciences Po par rapport à l'université. Tout d'abord, le fait que les IEP incluent tous du sport dans leur programme est selon moi très positif. Cela oblige l'étudiant à avoir une pratique sportive assidue (et les sports proposés par Sciences Po sont vraiment variés, allant de la boxe à la danse classique en passant par l'équitation). Il n'y a qu'une heure de sport obligatoire par semaine, mais l'élève est invité à faire du sport avec les associations, voire à participer à des compétitions durant son temps libre. A l'université, on pouvait avoir une pratique sportive gratuitement (ce qui est déjà génial), mais elle n'était ni notée ni obligatoire. 

    De plus, Sciences Po a une vie associative extrêmement riche : quelle que soit votre passion, vous pourrez l'exercer avec d'autres étudiants. A l'IEP de Bordeaux, on trouve les classiques Bureaux des Arts et des Médias, mais aussi un club d'oenologie, de biérologie, des associations de sport, un club d'éloquence, une asso féministe... Tous les partis politiques sont également représentés. C'est très enrichissant personnellement, et professionnellement cela permet de se démarquer. De même, les associations de Sciences Po ont souvent des partenariats privilégiés avec des événements locaux. A l'université, il n'y avait rien de tout cela. Libre à vous d'essayer de créer votre association, mais le mode de fonctionnement est tellement différent : dans les IEP, il y a un soutien économique et organisationnel pour toute nouvelle création d'association.

    Enfin, Sciences Po organise des rencontres avec des personnalités reconnues, souvent politiques. A titre d'exemple, l'IEP de Bordeaux prévoit une conférence de Christiane Taubira vers la fin de l'année. J'ai également pu rencontrer le rédacteur en chef de Sud-Ouest, Yves Harté, qui a obtenu le Prix Albert Londres en 1990. Indéniablement, Sciences Po vous ouvre des portes. 

    grand écart mais plus écart

     

     

     

    Voilà quelles sont, pour l'instant, mes impressions sur l'IEP de Bordeaux. Je ne prétends pas pouvoir dire si le fonctionnement de Sciences Po est meilleur ou moins bon que celui de la fac ; je retranscris simplement mon expérience et mes opinions personnels.

    Si vous avez des questions, vous pouvez les exprimer en commentaire, j'essaierai d'y répondre ! :)

    EDIT : vous pouvez désormais trouver mon article sur le site du Bureau des Médias de Sciences Po Bordeaux, paru dans le journal Vin Rouge et Encre Noire.


    votre commentaire
  • Cet été, j'ai effectué un stage d'un peu plus d'un mois au sein de la jeune entreprise Digitall Conseil, à Darwin, en tant que rédactrice web. ça a vraiment été pour moi une super expérience, qui peut sûrement intéresser quelques étudiants parmi vous, ou tout simplement ceux qui se posent des questions sur le mystérieux "univers start-up".

    J'ai été embauchée après avoir répondu à une offre de stage sur le site de l'étudiant ; j'ai effectué un entretien, puis écrit un article, et j'ai été prise. Dès le début j'avais très envie du poste, d'une part parce qu'il correspondait parfaitement à mon projet professionnel avec l'aspect rédaction/publicité et l'utilisation des réseaux sociaux, et d'autre part parce que je n'avais jamais vu un cadre aussi sympa pour aller travailler.

    Digitall Conseil loue un emplacement dans l'open-space de Darwin, sur les quais de la rive droite. L'endroit en lui-même est original, avec une "ferme" urbaine (oui, j'entendais les coqs chanter à la pause café), des grafs sur les murs, des sculptures, un restaurant et un magasin bio... C'est très bobo mais très agréable, comme environnement.

     

    Un mois dans une start-up bordelaise

    L'entrée de Darwin

     

    Quant à l'open-space, c'était un espace de travail complètement nouveau pour moi ; on m'en avait dit beaucoup de choses, et plutôt en négatif ("tu vas voir, au bout de deux jours tu auras la tête au bord de l'explosion !", "t'as aucune intimité pour travailler, c'est stressant"), mais mon expérience personnelle a été très positive. Bon, c'était probablement lié au fait que l'open-space darwinien est très haut de plafond, avec une déco travaillée, entre le vintage et le design. Ils utilisent des matériau recyclés dans des tons clairs, le tout a un rendu assez zen. Jusque là, je n'avais travaillé que dans des cadres moyens, sinon désagréables (du guichet postier à l'arrêt de tram) ; et il est clair que la donne n'est plus la même.

    Bien entendu, la décoration et la luminosité ne font pas l'essentiel d'un travail. On m'avait beaucoup parlé des stages photocopies-café, le Méphistophélès de l'étudiant ; j'ai eu la chance de ne voir m'attribuer que des tâches intéressantes. Rédaction de contenu commercial, création d'un dossier de presse, benchmark, référencements, statistiques, rédaction d'articles... Pour la première fois, je me suis retrouvée à faire un travail qui m'intéressait vraiment. J'ai énormément appris, et je suis repartie avec le sentiment d'avoir réellement avancé au niveau de ma vision du monde professionnel et de mes compétences.

    Qui plus est, l'équipe était très chaleureuse, super accueillante, et ils ont tous répondu à mes questions avec gentillesse et patience.

    Revenons maintenant aux spécificités d'une start-up : 

    • De petits effectifs et l'absence d'opression hiérarchique : dans l'entreprise où je travaillais, nous étions moins d'une dizaine ; c'était également le cas de la grande majorité des entreprises présentes dans la pépinière. D'une part, les rapports humains sont facilités ; tout le monde connaît le prénom de tout le monde, et lors des pauses déj on était tous réuni autour d'une table, boss ou stagiaire. Dès mon arrivée, on m'a prévenu que tout le monde se tutoyait ; une habitude difficile à adopter quand on a été habitué aux structures hiérarchiques classiques, où tutoyer son supérieur équivaut à de l'insolence... Ce n'est pas du tout comme dans les autres univers professionnels que j'avais côtoyé, où stagiaires, employés, N+1, N+2, N+... ne se fréquentent pas, voire se méprisent mutuellement. Bien entendu, j'avais des comptes à rendre sur mon travail, et bien entendu, je n'allais pas m'amuser à taquiner ma chef comme je l'aurais fait avec des amis ; mais il n'y avait pas cette pression parfois humiliante de la hiérarchie. 
    • Autonomie et flexibilité : c'est ce qui m'a le plus (agréablement) surpris, après le tutoiement. Le premier jour, je suis arrivée avec dix minutes de retard à cause d'un problème de tramway ; je m'attendais à une remarque et à faire terrible impression, mais mon chef a réagi avec une grande tolérance face à mes excuses. Quand j'ai demandé quels étaient mes horaires, il m'a fait comprendre que c'était moi qui les fixaient, pourvu que je rende un travail bien fait et à temps ; de même, ils attendaient de moi que je reste parfois plus tard s'il restait un boulot à faire.  Je décidais moi-même de mes pauses clopes/cafés/toilettes. Au Vinexpo, on avait un quart d'heure de pause au bout de deux-trois heures de travail, quart d'heure pendant lequel il fallait caser les toilettes/boire de l'eau/enlever les talons et se reposer cinq minutes/fumer une cigarette/se remaquiller-rechausser. Bien sur, il ne faut pas abuser de la souplesse du système start-up ; mais étrangement, l'envie d'enfreindre les règles ne nous vient pas à l'idée quand on les choisit soi-même. Le temps de travail passe plus vite ; on est moins fatigué, et comme on se fixe nos propres contraintes, on est donc plus responsabilisés, donc plus performants. C'est vraiment plus agréable de travailler en se disant que si on a envie d'un café, on peut s'en prendre un, et que si on reçoit un appel, on peut y répondre sans devoir en informer quiconque ni se justifier. Même les statistiques le prouvent : donner de l'autonomie au travailleur, c'est obtenir de meilleurs résultats et un employé plus heureux dans sa vie professionnelle.
    • Un travail en coopération constante : chacun a sa spécialité, mais le travail se fait en coopération constante. Le travail en open-space facilite ce rapport : en étant côte-à-côte en permanence, il est plus facile de demander l'avis ou l'attention de son collègue. En tant que rédactrice, j'ai par exemple rédigé des contenus pour une brochure commerciale d'un acteur immobilier de La Réunion ; le graphiste situé à ma droite se chargeait de la mise en page et du rendu esthétique de la brochure. Je lui envoyais les textes, il les mettait en page, me renvoyait un mail en me demandant de réduire telle ou telle page de contenu ou de rajouter un titre sur telle slides. Nous avons effectué les débriefs ensemble avec le directeur de projet, et nous avons travaillé ensemble sur le retour du client et ses attentes. Il n'y avait aucune compétition, contrairement aux jobs d'hôtesses que j'ai effectué. Les remarques positives sont fréquentes, et les remarques négatives, quand il y en a, se font en privé, pour ne pas mettre mal à l'aise l'intéressé. 

     

    Au final, ce n'est pas le fonctionnement start-up qui me paraît étrange, mais le système horaires/hiérarchie/distance/compétition qui me semble absurde, dysfonctionnel, anormal et dépassé. C'est logique : un travailleur libre est plus heureux, et un travailleur heureux effectue mieux ce qu'il a à faire. Bien entendu, cette organisation ne peut pas s'adapter à toutes les structures, notamment celles avec de l'accueil client ; mais il en est pas mal d'autres qui pourraient sinon l'imiter, du moins s'en inspirer...

    Qu'en pensez-vous ? Seriez-vous tenté(e)s par le modèle de fonctionnement start-up ? 

    Laissez moi vos impressions et vos avis en commentaires ;)


    3 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique